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Dialogue inclusif en RDC : les risques d’une réhabilitation politique de Joseph Kabila

Par Éric Kamba
Géostratège et analyste politique

L’appel de Martin Fayulu en faveur d’un dialogue national « avec tout le monde », y compris Joseph Kabila, le M23 et l’AFC, soulève une question fondamentale : une République peut-elle construire une paix durable en plaçant à la même table les institutions qu’elle cherche à protéger et les acteurs accusés d’avoir contribué à leur affaiblissement ?

La République face au dilemme du dialogue : l’erreur d’appréciation de Martin Fayulu

L’idée d’un dialogue inclusif peut, à première vue, sembler généreuse. L’histoire montre que plusieurs guerres se terminent par des négociations. Mais toutes les situations ne se prêtent pas à la même approche. La paix durable exige également la justice, la responsabilité et le respect de l’État de droit.

Dans le contexte congolais, inclure Joseph Kabila dans un dialogue politique national constituerait, selon moi, une erreur de calcul politique aux conséquences potentiellement lourdes.

Le Congo ne doit plus récompenser les crises

Depuis plus de vingt-cinq ans, la RDC traverse un cycle presque mécanique : une rébellion apparaît, des milliers de vies sont perdues, un dialogue est organisé, les responsables obtiennent des postes politiques ou militaires, puis quelques années plus tard une nouvelle rébellion renaît.

Les expériences de Sun City, des accords de Goma, de l’intégration du CNDP ou encore de plusieurs arrangements conclus avec des groupes armés n’ont pas apporté une paix définitive. Elles ont souvent créé un précédent selon lequel la violence devient un moyen d’accéder au pouvoir ou d’obtenir des avantages politiques.

C’est précisément ce modèle qui doit être rompu.

Le cas Joseph Kabila n’est pas celui d’un simple opposant

Martin Fayulu semble traiter Joseph Kabila comme un acteur politique parmi d’autres.

Or, la situation est différente.

Depuis plusieurs mois, les autorités congolaises ont publiquement formulé contre lui des accusations extrêmement graves liées notamment à la sûreté de l’État. Des procédures judiciaires ont été engagées à son encontre, tandis que les États-Unis ont adopté des sanctions le visant.

Quelles que soient les opinions politiques, ces éléments modifient profondément son statut dans le débat public.

Dans un État de droit, lorsqu’une personne fait l’objet de poursuites ou de mesures pour des faits d’une telle gravité, la priorité appartient à la justice.

La responsabilité pénale ne peut être remplacée par une négociation politique.

Avant toute réconciliation, la vérité

S’il devait exister un débat national sur les dix-huit années de gouvernance de Joseph Kabila, la première interrogation ne devrait pas être :

Quelle place lui réserver dans un dialogue ?

La première question devrait être :

Quel bilan doit-il rendre à la République ?

Pendant près de deux décennies, plusieurs rapports publics, notamment ceux de l’Inspection Générale des Finances, des organisations internationales, de groupes d’experts des Nations Unies ainsi que d’autres organismes de contrôle, ont mis en lumière des préoccupations récurrentes concernant la gouvernance publique, la transparence dans la gestion des ressources naturelles, les finances publiques, la corruption et la faiblesse institutionnelle.

Ces rapports méritent d’être examinés avec rigueur.

Avant toute réhabilitation politique, les citoyens sont en droit d’attendre que toute la lumière soit faite sur ces questions et que, le cas échéant, les responsabilités soient établies conformément à la loi.

La justice précède la réconciliation.

Une erreur stratégique

L’approche proposée par Martin Fayulu comporte un risque majeur.

Quel message recevra demain un futur chef rebelle ?

Qu’il suffit de prendre les armes, de fragiliser les institutions, puis d’attendre quelques années pour être invité à une négociation nationale.

Ce signal serait désastreux.

Il renforcerait l’idée que la violence reste une voie efficace d’accès au pouvoir.

C’est précisément pour rompre avec cette logique que j’avais proposé, en 2023, la Loi Kamba, visant à mettre fin à la prime politique accordée aux rébellions armées et à protéger durablement les institutions de la République.

Une démocratie ne récompense pas l’insurrection.

Elle protège l’autorité de l’État.

Le M23 et l’AFC ne peuvent être banalisés

Martin Fayulu affirme lui-même que « le M23 n’est pas une opposition ».

Il a raison.

Mais cette affirmation conduit logiquement à une autre conclusion.

Le M23 et l’AFC ne sont pas des partis politiques ayant cherché le pouvoir par les urnes.

Ils sont associés à un conflit armé qui a provoqué des déplacements massifs de populations, de graves violations des droits humains et une profonde déstabilisation de l’Est du pays.

Leur traitement relève d’abord des mécanismes de sécurité, de la justice nationale, du droit international et des processus de désarmement.

Le dialogue politique ne doit jamais devenir un mécanisme de légitimation de la violence.

La paix exige la justice

L’expérience de nombreuses transitions politiques démontre qu’une paix durable repose généralement sur quatre piliers :

  • la vérité ;
  • la justice ;
  • la responsabilité ;
  • la réforme des institutions.

Retirer l’un de ces piliers revient à construire une paix fragile.

La RDC ne peut continuer à sacrifier la justice au nom d’une stabilité provisoire.

Une autre voie est possible

Oui, un dialogue national peut être utile.

Mais il doit réunir les forces politiques, sociales, religieuses et citoyennes qui reconnaissent la Constitution, respectent les institutions et rejettent la violence comme moyen d’accès au pouvoir.

Les personnes poursuivies pour des faits graves doivent répondre devant la justice.

Les groupes armés doivent déposer les armes et se conformer aux exigences de la loi avant toute éventuelle participation à un processus politique.

Les ressources publiques détournées, lorsqu’elles sont établies par la justice, doivent être récupérées au profit de la Nation.

C’est à cette condition que la réconciliation pourra être sincère.

Conclusion

Martin Fayulu croit probablement favoriser la paix en appelant à un dialogue sans exclusion.

Mais l’histoire récente de la République démocratique du Congo enseigne exactement le contraire.

Chaque fois que la République a privilégié le compromis au détriment de la justice, elle a préparé la crise suivante.

La RDC n’a plus besoin d’un nouveau recyclage politique.

Elle a besoin d’un précédent historique : celui où la justice s’applique à tous, où la responsabilité individuelle est assumée et où nul ne peut espérer obtenir une légitimité politique après avoir porté atteinte à la République.

La paix durable ne naît pas de l’oubli.

Elle naît de la vérité, de la justice et du respect des institutions.

Éric Kamba
Géostratège | Analyste des relations internationales | Chercheur en politiques publiques
Concepteur de la Diplomatie de Couloir, de la Loi Kamba et de l’Indice Kamba de Performance Ministérielle (IKPM)

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