Organisation à but non lucratif , structure de la société civile, une association indépendante dévouée à l’intérêt général du développement de la RDC, une équipe permanente de travail axée sur la recherche et la production des propositions innovantes en matière de politique publique.

LA PAUVRETÉ, UN DÉFI POUR LES DROITS HUMAINS EN RDC. (Cas du territoire de MWEKA)

Par

Boni MINGA BOPE

Assistant Formateur-Chercheur au Centre de Recherche et de Formation en Éthique Appliquée (CRFEA)

de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Kinshasa

Chercheur au Centre des Droits de l’Homme de l’Université Kongo

Assistant de deuxième mandat à l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Mweka

RÉSUMÉ

La population du Territoire de Mweka, situé dans la province du Kasaï en République Démocratique du Congo, manifeste une

inquiétude croissante face à l’accentuation de la misère et des discriminations exacerbées par la précarité. Privés de ressources

par l’extrême pauvreté, les individus ne parviennent plus à satisfaire leurs besoins fondamentaux. Pourtant, les droits de l’homme

postulent que tout être humain dispose, par son appartenance à l’espèce humaine, de droits inhérents, inaliénables et sacrés. Ces

prérogatives sont opposables en toutes circonstances à la société ainsi qu’aux pouvoirs publics. Attachés à la dignité même de

la personne humaine, ils revêtent un caractère individuel. Aujourd’hui, la cité de Mweka et son hinterland subissent une négation

de fait de leurs droits économiques, sociaux, civils et politiques, annihilés par l’ampleur de la pauvreté.

Mots-clés : Pauvreté, Défi, Droits de l’homme, Droit à la santé.

ABSTRACT

The population of the Mweka Territory, in the Kasaï province of the Democratic Republic of the Congo, is speaking out against

the critical level of poverty reached. Individuals are unable to meet their basic needs due to extreme deprivation. Yet, human

rights principles establish that human beings, by virtue of belonging to the human species, possess rights inherent to their person,

which are inalienable and sacred. These rights are enforceable in all circumstances against society and authorities. Attached to

the very essence of the human person, human rights are individual, and the individual remains their sole holder. In the City of

Mweka and its hinterland, the effective enjoyment of economic, social, civil, and political rights is virtually nullified by

widespread poverty.

Keywords : Poverty, Challenge, Human Rights, Right to health.

0. INTRODUCTION

La pauvreté constitue un défi majeur pour les droits humains en République Démocratique du Congo en

général, et dans le Territoire de Mweka en particulier. En discriminant une frange importante de la population,

elle entrave la portée universelle et la mise en œuvre effective de ces droits. Il existe une corrélation étroite où la

pauvreté apparaît à la fois comme la cause et la conséquence de la non-réalisation des droits de l’homme. Elle

érode, voire annule, les droits économiques et sociaux — tels que le droit à la santé, à un logement adéquat, à la

nourriture, à l’eau potable et à l’éducation — ainsi que les droits civils et politiques, notamment l’accès à la justice,

le droit à un procès équitable, la participation à la vie politique et la sécurité de la personne.

1La discrimination structurelle conduit au dénuement économique, tandis que la pauvreté accentue l’exclusion

sociale. Une caractéristique fondamentale des communautés vivant dans l’extrême pauvreté réside dans leur

incapacité à accéder, sur un pied d’égalité, aux services de protection et de promotion des droits humains. La

pauvreté limite ainsi les capacités des individus et s’érige en obstacle systémique à la jouissance des libertés

fondamentales, et plus particulièrement du droit à la santé.

L’interdépendance entre pauvreté et droits humains est évidente : entraver l’exercice de certains droits (comme

le droit à la propriété foncière ou au travail rémunéré) engendre la pauvreté. Inversement, une fois la pauvreté

installée, la jouissance de l’ensemble des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels devient

hautement aléatoire. La précarité financière est directement liée à un mauvais état de santé. Ses conséquences

peuvent perdurer toute la vie, compromettant les capacités d’apprentissage et de travail, ce qui alimente un cercle

vicieux difficile à briser. De plus, vivre sous le seuil de pauvreté génère un stress chronique néfaste.

Dans le Territoire de Mweka, cette pauvreté n’est pas un mythe. Elle se matérialise par l’incapacité de la

majorité de la population à satisfaire ses besoins alimentaires, à accéder aux soins de santé, à scolariser les enfants

ou à se loger décemment. Ces privations se manifestent également par une crisis sociale profonde : face aux coûts

financiers prohibitifs de la médecine moderne, les ménages recourent massivement à la médecine

1

traditionnelle .

2

Des enquêtes menées en juin 2025 par la Banque mondiale indiquent que des entités comme le groupement

Bansueba subissent une crise rurale aiguë, caractérisée par la malnutrition et la paupérisation des ménages.

L’accès aux soins médicaux y est conditionné par le paiement direct (ticket modérateur), au détriment de la

gratuité des soins primaires théoriquement garantie par l’État congolais.

3

Selon l’économiste Amartya Sen , prix Nobel d’économie en 1998, la pauvreté doit être appréhendée comme

une privation des capacités élémentaires (capabilities), empêchant l’individu de réaliser ses propres fins et de

satisfaire ses besoins fondamentaux. Les droits humains, quant à eux, forment un ensemble de prérogatives et

d’aspirations inhérentes à la personne, qui méritent d’être protégées par l’arsenal juridique et par les gouvernants

au sein d’un État de droit. Cela est indispensable pour éviter que l’homme ne soit contraint, en suprême recours,

à la révolte contre la tyrannie et l’exploitation.

Il est donc crucial de réfléchir aux conditions réelles de réalisation de ces droits. À Mweka, les patients, qu’ils

soient référés ou non, ne peuvent bénéficier de l’expertise des professionnels de santé (médecins, infirmiers, sages-

femmes, laborantins) qu’après s’être acquittés des frais de consultation. Faute de paiement

1. Notamment les pratiques médico-magiques et thérapeutiques locales connues sous les noms

deBUKOKO ou LODOPA dans l’hinterland de Mweka.

2. 2025, p. 14.

Banque mondiale, Rapport sur la pauvreté rurale et la vulnérabilité sanitaire en RDC, Kinshasa, juin

23. Amartya Sen, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Paris, Éditions Odile

Jacob, 2000, p. 112.

préalable, la prise en charge médicale est refusée, indépendamment de la gravité de l’état du malade, ce qui1pousse

la population vers des structures traditionnelles.

Le développement ne saurait se réduire à la seule croissance économique ; il doit consister en l’amélioration

concrète de la qualité de vie et en l’élargissement des libertés réelles. Or, l’une des libertés les plus fondamentales

est celle d’échapper aux maladies évitables, de ne pas souffrir d’une santé précaire et de prévenir une mort

prématurée. Pour Amartya Sen, la santé et l’éducation sont des piliers essentiels à l’épanouissement de toute

collectivité.

En RDC, il est déplorable que le secteur de la santé ne soit pas pleinement priorisé par les pouvoirs publics.

4

En 2026, la part budgétaire allouée à la santé reste très faible (7,2 %) , ce qui empêche la mise en œuvre effective

de la Couverture Santé Universelle (CSU). Celle-ci devrait pourtant garantie à tous un accès équitable à des

services de santé essentiels et de qualité (prévention, traitement, réadaptation) sans basculer dans la pauvreté en

raison des dépenses médicales.

Pourtant, l’État congolais a souscrit à des obligations juridiques claires :

L’article 53 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples2 dispose que tout individu a le droit

de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible.

L’article 47 de la Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 20063 garantit le droit

à la santé et à la sécurité alimentaire.

Ces dispositions obligent l’État à prendre des mesures concrètes pour assurer l’accès aux soins, empêcher que

les coûts médicaux ne paupérisent les familles et fournir des services de santé sûrs et efficaces. La pauvreté n’étant

pas une fatalité mais le produit d’actions humaines, l’État a le devoir de l’éradiquer afin de rétablir les citoyens

dans la plénitude de leurs droits.

1 . Ministère du Budget de la RDC, Loi de finances pour l’exercice 2026, Journal Officiel, numéro spécial,

janvier 2026.

RDC.

février 2006.

2 . Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi et ratifiée par la

3 . Constitution de la République Démocratique du Congo, Journal Officiel, 47ème année, numéro spécial, 18

3I. CONSTRUCTION DU CADRE D’ANALYSE

1.1. Conceptualisation

La conceptualisation permet de définir et de sélectionner les termes fondamentaux afin de circonscrire le

contenu de l’étude selon l’angle d’analyse choisi. Deux concepts pivots guident notre réflexion : les droits humains

et la pauvreté.

• Les droits humains : Ils reposent sur le principe que tout être humain possède des prérogatives universelles

et inaliénables, indépendamment du droit positif en vigueur dans l’État, et quelles que soient les coutumes

locales, l’ethnie, la nationalité ou la religion. Ils constituent un ensemble d’aspirations fondamentales dont

l’individu doit pouvoir se prévaloir au sein de sa famille, de son environnement et de la société pour assurer

son épanouissement.

• La pauvreté : Suivant l’approche d’Amartya Sen, elle s’analyse comme une privation des capacités

élémentaires, limitant la liberté de l’individu à mener la vie qu’il a des raisons de valoriser.

1.2. Manœuvre méthodologique

La méthodologie constitue la boussole du chercheur, traçant le chemin requis pour atteindre les objectifs

scientifiques et garantir la validité des résultats. La production de connaissances impose un protocole collectif

rigoureux qui oblige à énoncer préalablement les méthodes et techniques exploitées. La démarche scientifique

opère une synthèse dialectique entre la réflexion libre et la construction objective, permettant de dépasser les

prénotions pour saisir la vérité du phénomène étudié.

Cette recherche s’articule autour de trois étapes indissociables :

• 1. L’observation du vécu immédiat et l’expérience, qui dévoilent le sens de l’objet d’étude à travers les

dynamiques sociales.

• 2. L’appréhension des rapports entre le sujet et la signification objective du phénomène.

• 3. L’analyse des conditionnements imposés au vécu, en rectifiant les approximations véhiculées par l’opinion

commune.

Conformément aux exigences du monde académique, la méthodologie vise à expliciter la recherche en

ellemême plutôt que ses seuls résultats. Nous avons opté en premier lieu pour l’approche du structuralisme

7 constructiviste . Cette approche implique le recours à une pluralité de techniques, combinant la

recherche documentaire et l’observation directe. Bien que conscients des limites inhérentes à toute technique,

nous avons mobilisé ces outils pour analyser comment la pauvreté érode les droits socio-économiques et civils

des citoyens congolais.

7. Cette approche théorique postule l’existence, dans le monde social, de structures objectives indépendantes

de la conscience et de la volonté des agents, qui orientent leurs pratiques.

4Pour répondre à la question du « comment » et expliquer les mécanismes de cette précarité, nous avons croisé

la méthode historique, l’analyse systémique, la méthode fonctionnelle et la méthode dialectique.

Ce dispositif est complété par une approche juridique et analytique, indispensable pour interpréter les

instruments juridiques nationaux et internationaux qui garantissent les droits humains. Cette approche permet de

situer les responsabilités institutionnelles face à la crise actuelle. Les formulations normatives s’analysent en

combinaison avec leur interprétation pratique, car les opérations de définition et de qualification juridique sont

indissociables.

1.3. Caractéristiques et générations des droits de l’homme

Tout être humain, indépendamment de sa condition sociale, possède des droits inaliénables, inhérents et

sacrés, opposables à la société et à l’État. Par définition, le concept des droits de l’homme est universaliste et

égalitaire. Il est incompatible avec tout système fondé sur la hiérarchisation ou la supériorité d’une caste, d’une

race, d’une classe ou d’un groupe social. Dans les États démocratiques, ces droits sont consacrés par des normes

constitutionnelles ou des conventions internationales afin de contraindre les pouvoirs publics à assurer leur respect

obligatoire.

1.4. Caractères fondamentaux des droits de l’homme

La doctrine retient quatre caractères majeurs définissant les droits de l’homme :

• 1. L’inhérence : Les droits humains ne sont ni octroyés, ni achetés, ni obtenus par héritage. Ils appartiennent

intrinsèquement à chaque individu du seul fait de sa condition humaine.

• 2. L’universalité : Ils s’appliquent uniformément à tous sans distinction de sexe, de race, de religion, d’ethnie

ou d’opinion politique. Cependant, cette universalité est fréquemment mise à mal par des disparités

géopolitiques et culturelles (clivage Occident/Tiers-monde, niveaux de démocratisation, économies de

marché contre économies planifiées, régimes militaires ou civils). Ces contextes divergents altèrent parfois

la perception et l’application homogène des droits humains.

• 3. L’inaliénabilité : Nul ne peut être privé de ses droits fondamentaux sous aucun prétexte. Ils demeurent

valides même lorsque les lois nationales les ignorent ou les laissent violer, car ils sont consubstantiels à la

vie humaine.

• 4. L’indivisibilité : Pour préserver la dignité humaine, les droits civils et politiques d’une part, et les droits

économiques et sociaux d’autre part, doivent être garantis conjointement. Il est erroné de privilégier une

catégorie au détriment d’une autre, car ils sont interdépendants et méritent une protection égale.

8

Cette approche s’articule avec la notion de liberté, définie par Gilles Lebreton comme un ensemble de

pouvoirs d’autodétermination de l’homme sur lui-même, s’exerçant de manière indépendante sans contrainte

9 sociale excessive. Pour Jeanne Hersch , la liberté englobe le droit de

penser, de parler, de produire et de travailler sans entrave ni hypocrisie, garantissant la protection de la personne

et de ses biens.

58. Gilles Lebreton, Libertés publiques et droits de l’homme, Paris, Sirey, 2008, p. 45.

1.5. Nature des droits de l’homme

Les droits de l’homme relèvent de la catégorie des droits de nature subjective, par opposition au droit objectif.

Ils correspondent à des prérogatives reconnues à l’individu lui conférant le pouvoir d’agir de façon juste sur soi-

même, sur autrui ou sur les choses. En tant que libertés tirées de l’état de nature, ils constituent les données

juridiques premières dont le législateur doit s’inspirer, élevant le droit au rang d’émanation directe de la

personnalité humaine.

1.6. Causes de la pauvreté

La pauvreté et la misère ne sauraient s’expliquer uniquement par la faible performance des institutions locales

ou des coutumes. Le niveau de vie et les politiques économiques sont fortement influencés par un ordre mondial

marqué par les intérêts des grandes puissances. Au niveau national, les défaillances de gouvernance au sein des

institutions congolaises ont accentué la dépréciation des conditions de vie des gouvernés. Le manque de politiques

axées sur le progrès social et la recherche d’intérêts sectoriels ont fragilisé le tissu économique. À cela s’ajoutent

les mécanismes financiers internationaux et le poids de la dette publique qui obèrent les capacités d’action de

l’État.

Nos investigations permettent d’inventorier plusieurs facteurs endogènes et exogènes de la pauvreté : le

chômage de masse et l’insignifiance des salaires ; les conflits armés et l’insécurité des personnes et de leurs biens

; le déficit d’infrastructures agricoles et l’enclavement du Territoire de Mweka et de son hinterland ; les conflits

fonciers et l’absence de réseaux de communication stables.

10

Par ailleurs, les rapports du Programme Alimentaire Mondial (PAM) de mars 2025 mettent en évidence

l’impact des catastrophes naturelles récurrentes (inondations, tempêtes tropicales, sécheresses prolongées) qui

déstabilisent l’agriculture et aggravent l’insécurité alimentaire.

1.7. La protection du pauvre

La protection des personnes précarisées par le biais des droits humains impose de considérer la pauvreté non

comme une fatalité, mais comme une violation systémique de la dignité humaine et des droits fondamentaux

(santé, alimentation, logement). Cette approche contraint juridiquement les États à garantir des conditions

d’existence décentes et à éradiquer les discriminations sociales.

1.8. Obligations des États face à la pauvreté

Les autorités publiques ont la responsabilité d’élaborer et de financer des politiques sectorielles d’envergure

(couverture maladie, aides au logement, protection sociale) pour sécuriser les populations les plus vulnérables et

promouvoir l’équité sociale.

9. Jeanne Hersch, Le droit d’être un homme : Anthologie mondiale de la liberté, Paris, UNESCO, 1968, p.

89.

610. Programme Alimentaire Mondial (PAM), Évaluation de la sécurité alimentaire en milieux ruraux en

RDC, Rapport de situation, mars 2025, p. 8.

1.9. Le droit à la santé : contenu et implications

L’expression « droit à la santé » suscite des débats doctrinaux, certains auteurs lui préférant le concept de «

droit à la protection de la santé » ou « droit aux soins de santé » afin de clarifier les limites de l’obligation de

l’État. Le droit aux soins implique l’obligation d’assurer une redistribution équitable des ressources sanitaires.

Toutefois, une vision restrictive axée uniquement sur les soins s’avère insuffisante pour atteindre l’état de complet

bien-être physique, mental et social.

11

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit le droit à la santé de manière extensive comme « le droit

au meilleur niveau de santé qu’il est possible d’atteindre ». Bien que qualifiée d’idéaliste par certains critiques,

cette approche demeure essentielle à long terme, notamment pour structurer les politiques de prévention et

protéger les populations vulnérables. Les personnes vivant dans la pauvreté disposent d’un droit inaliénable à un

traitement d’égal respect de la part des systèmes de santé. Cela requiert une formation accrue des personnels

médicaux aux réalités des familles défavorisées afin de bâtir un véritable partenariat thérapeutique.

Dans les zones touchées par des crises endémiques ou épidémiques (VIH/Sida, paludisme, tuberculose), les

populations ont le droit de participer activement à l’élaboration des programmes d’éradication. Face à des

contraintes budgétaires qui dépassent ses capacités de réponse, l’État a l’obligation juridique de solliciter l’appui

de la communauté internationale, laquelle se doit d’intervenir promptement.

Le droit à la santé étant corrélé au droit à la vie, toute défaillance ou planification manifestement inadéquate

de la part des autorités sanitaires ayant entraîné des décès évitables doit faire l’objet de poursuites et de sanctions

judiciaires aux niveaux national et international. De même, les délits de corruption, de détournement de

médicaments, de vaccins ou de matériel chirurgical destinés aux structures publiques doivent être réprimés avec

la plus grande sévérité et qualifiés de crimes graves.

1.10. La santé, facteur du développement humain

La santé constitue le socle indispensable à l’épanouissement individuel et collectif. Un travailleur bénéficiant

d’une bonne santé et d’un revenu régulier dispose d’un pouvoir d’achat lui permettant de prémunir sa famille contre

l’insécurité sanitaire, favorisant par ricochet la consommation locale et le dynamisme économique. De même,

chez l’enfant et l’étudiant, un bon état de santé réduit l’absentéisme scolaire et accroît les performances

d’apprentissage. Le développement global doit donc placer le renforcement des libertés réelles et la prévention de

la mortalité évitable au cœur de ses priorités.

1.11. Des engagements et des devoirs de l’État

Les droits fondamentaux génèrent des obligations de respecter, de protéger et de mettre en œuvre pour l’État.

Les pouvoirs publics doivent planifier l’attribution des infrastructures sanitaires et sociales proportionnellement

aux ressources budgétaires disponibles afin de garantir le bien-être collectif.

711. Organisation Mondiale de la Santé, Constitution de l’OMS, adoptée par la Conférence internationale de la

Santé, New York, 1946.

1.12. Le droit aux soins de santé

L’organisation d’un système de santé performant repose sur la fourniture de services disponibles, accessibles,

acceptables et de qualité, soutenus par un mécanisme de financement solidaire et abordable

(assurance maladie). L’Observation générale n°14 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des

12

Nations Unies précise que la création de conditions propres à assurer à tous des services médicaux implique un

accès rapide, dans des conditions d’égalité, aux soins essentiels de prévention, de traitement et de réadaptation.

Cependant, le système sanitaire congolais se heurte à des défis structurels majeurs :

• Qualité des intrants : On observe une prolifération de circuits d’approvisionnement parallèles proposant des

médicaments à bas coûts mais à la qualité douteuse, en concurrence avec le Système National

d’Approvisionnement en Médicaments (SNAME).

• Anachronisme législatif : Le cadre légal de la santé reste régi par des textes anciens, notamment le Décret

Royal de 1952 sur l’art de guérir, la loi de 1933 sur le commerce pharmaceutique et le Décret de 1947 relatif

à l’hygiène publique. Bien qu’un projet de loi-cadre ait été initié en 1999 et adopté en 2001 par le parlement

de transition, l’harmonisation des textes avec la Constitution de 2006 et la Stratégie de Renforcement du

Système de Santé (SRSS) demeure un chantier législatif en attente d’actualisation définitive.

CONCLUSION

En définitive, la crise exacerbée par la volatilité des prix des denrées alimentaires de base, qui frappe de plein

fouet les populations précarisées de la République Démocratique du Congo et singulièrement celles du Territoire

de Mweka, met en exergue l’urgence d’une réponse structurelle. Cette situation souligne l’acuité d’un problème

endémique qui prive les citoyens de la jouissance des droits garantis par les instruments juridiques nationaux et

internationaux. La pauvreté agit de manière systémique comme la cause et l’effet des violations des droits humains

en annihilant les droits économiques et sociaux.

Le lien de causalité entre précarité économique et détérioration de l’état de santé est scientifiquement établi.

À titre d’illustration, les enquêtes de terrain menées dans le groupement BWANGA-NTSHIEM, précisément dans

le village IPANGA (situé à 75 kilomètres de la cité de Mweka), démontrent de fortes disparités : les ménages

disposant d’un revenu moyen supérieur (notamment les professionnels des institutions d’enseignement) affichent

un état de santé nettement meilleur que les populations vivant exclusivement d’une agriculture de subsistance

(cultivateurs). Pour ces derniers, l’accès aux spécialités pharmaceutiques essentielles, notamment les

antipaludiques, est rendu prohibitif par le fardeau économique du paiement direct au comptant.

L’accès effectif aux soins de santé modernes tend ainsi à devenir le privilège d’une classe moyenne,

contraignant la quasi-totalité des ménages pauvres à recourir à la médecine traditionnelle auprès des anciens du

812. Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, Observation générale n°14 : Le

droit au meilleur niveau de santé possible (art. 12), Doc. E/C.12/2000/4, 11 août 2000.

village. Face à cette rupture de l’égalité citoyenne consacrée par la Déclaration universelle des droits de l’homme

et la Constitution congolaise, il convient de dénoncer fermement la pauvreté comme un facteur d’annulation

permanente des droits humains en milieu rural.

Au nom de la justice sociale, il est impératif de mobiliser les mécanismes de l’État ainsi que les leviers de la

coopération internationale. Cette synergie doit permettre de déployer des politiques de protection sanitaire, de

régulation et d’aide humanitaire ciblées, afin de garantir à chaque citoyen l’accès à l’eau potable, à un logement

décent et à des soins médicaux de qualité.

9BIBLIOGRAPHIE

I. INSTRUMENTS JURIDIQUES ET DOCUMENTS OFFICIELS

Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi et ratifiée par la

République Démocratique du Congo.

Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, Observation générale n°14 : Le droit au

meilleur niveau de santé possible (art. 12), Doc. E/C.12/2000/4, 11 août 2000.

Constitution de la République Démocratique du Congo, Journal Officiel, 47ème année, numéro spécial, 18 février

2006 (spécialement les articles 47 et 53).

Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10

décembre 1948 à Paris.

Ministère du Budget de la RDC, Loi de finances pour l’exercice 2026, Journal Officiel de la République

Démocratique du Congo, numéro spécial, Kinshasa, janvier 2026.

Organisation Mondiale de la Santé, Constitution de l’OMS, adoptée par la Conférence internationale de la Santé,

New York, 1946.

II. OUVRAGES

HERSCH Jeanne, Le droit d’être un homme : Anthologie mondiale de la liberté, Paris, UNESCO, 1968.

LEBRETON Gilles, Libertés publiques et droits de l’homme, Paris, Sirey, 8ème édition, 2008.

SEN Amartya, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Paris, Éditions Odile Jacob,

2000.

III. RAPPORTS ET ENQUÊTES DE TERRAIN

Banque mondiale, Rapport sur la pauvreté rurale et la vulnérabilité sanitaire en RDC, Département de

développement humain, Kinshasa, juin 2025.

Programme Alimentaire Mondial (PAM), Évaluation de la sécurité alimentaire et de l’enclavement en milieux

ruraux en RDC, Rapport analytique de situation, Kinshasa, mars 2025.

10

Laisser un commentaire