Tribune d’Éric Kamba, analyste politique et géostratège
Pendant plus de deux décennies, la République démocratique du Congo a été dirigée par un homme dont l’identité réelle continue de susciter interrogations et controverses, constituant l’un des épisodes les plus troubles de l’histoire politique africaine contemporaine.
Dans mon ouvrage La Grande Usurpation – Comment Hyppolite Kanambe alias Joseph Kabila a pris et gardé le pouvoir au Congo, j’explore les mécanismes d’un pouvoir construit, selon cette analyse, sur la dissimulation, des dynamiques géopolitiques complexes et l’implication d’intérêts extérieurs.
L’histoire récente du Congo porte la marque d’une dépossession profonde : celle d’un peuple privé non seulement de ses ressources, mais aussi d’une pleine maîtrise de sa souveraineté politique et de son récit national. Ce travail s’appuie sur des éléments documentés — témoignages, rapports internationaux et relecture critique des événements ayant suivi l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001.
Au cœur de cette réflexion se trouve une thèse controversée mais persistante dans certains cercles d’analyse : celle d’une identité politique construite, associée au nom d’Hyppolite Kanambe, et d’une accession au pouvoir facilitée par des dynamiques régionales impliquant notamment des acteurs liés au Rwanda et à l’Ouganda.
Le livre interroge également la transition de 2019 avec Félix Tshisekedi, souvent présentée comme une alternance démocratique, en invitant à une lecture plus nuancée des équilibres politiques à l’œuvre.
Aujourd’hui, les prises de position de la journaliste belge Colette Braeckman, qui affirme connaître avec certitude la nationalité congolaise de Joseph Kabila, relancent un débat fondamental : qui écrit l’histoire du Congo — et dans quel but ?
Le Congo a-t-il vocation à être raconté par des récits extérieurs, ou doit-il reprendre la maîtrise de sa propre narration ?
Dans un pays au cœur d’enjeux géopolitiques et économiques majeurs, la question n’est pas anodine. Elle touche à la souveraineté même. Car un peuple qui ne contrôle pas son récit est un peuple exposé aux constructions narratives qui servent d’autres intérêts que les siens.
Comme le rappelait Jean de La Fontaine : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »
Cette leçon demeure d’une actualité frappante. Elle invite à la vigilance face aux discours extérieurs, surtout lorsqu’ils prétendent définir des vérités nationales.
La Grande Usurpation s’inscrit dans cette démarche : contribuer à une réappropriation du récit congolais par les Congolais eux-mêmes. Ce n’est pas un pamphlet, mais un travail de mémoire, d’analyse et de responsabilité intellectuelle.
C’est aussi un appel : celui de lire, de comprendre, et de questionner.
Un livre écrit par un Congolais, pour les Congolais — avec exigence, dignité et un profond attachement à la vérité.
Parce qu’un peuple privé de vérité ne peut ni construire la justice, ni espérer une paix durable.
Éric Kamba
Analyste politique et géostratège
Coordonnateur du CADA”