Par Éric Kamba
Géostratège et analyste politique
Kinshasa étouffe.
Kinshasa suffoque.
Kinshasa s’enfonce dans une crise qui n’est plus seulement environnementale, mais profondément politique.
Derrière les montagnes d’ordures, derrière les caniveaux bouchés, derrière les eaux stagnantes qui deviennent des foyers de maladies, se cache une vérité brutale : l’échec d’une gouvernance urbaine incapable d’assumer ses responsabilités fondamentales.
Et au cœur de cet échec, une question s’impose : que fait le Gouverneur Daniel Bumba ?
Une capitale abandonnée à elle-même
Il ne s’agit plus d’un simple problème d’insalubrité.
Il s’agit d’une crise systémique.
Les marchés de Zando, Gambela, Liberté — censés être des pôles économiques — sont aujourd’hui des foyers d’infection à ciel ouvert. Les routes sont dégradées, obstruées, envahies par des déchets qui ralentissent la circulation et paralysent la ville. Les caniveaux, souvent inexistants ou bouchés, transforment chaque pluie en catastrophe.
Résultat :
• propagation accrue du paludisme, du choléra et d’autres maladies hydriques ;
• aggravation de la pauvreté sanitaire d’une population déjà vulnérable ;
• congestion chronique de la circulation, avec des impacts économiques directs.
Kinshasa n’est plus simplement sale. Elle est en danger.
L’insalubrité n’est pas une fatalité — c’est une faute
On évoque souvent des “manques de moyens”, une “croissance démographique incontrôlée”, ou encore “l’incivisme de la population”.
Ces arguments, bien qu’en partie réels, ne peuvent plus servir d’alibi.
Car gouverner, c’est précisément :
• anticiper,
• planifier,
• organiser,
• imposer des règles,
• et surtout… agir.
Or, que constate-t-on ?
Des opérations ponctuelles, sans suivi.
Des slogans sans impact durable.
Des initiatives comme “Kin Bopeto, Kinshasa Ezo Bonga” qui peinent à produire des résultats visibles à long terme.
Ce que Kinshasa subit aujourd’hui, ce n’est pas un manque d’idées.
C’est un manque de leadership, de rigueur et de responsabilité.
Gouverner, ce n’est pas observer — c’est décider
Un gouverneur n’est pas un spectateur.
Il est le premier garant du fonctionnement de la ville.
Lorsque l’insalubrité devient chronique,
lorsque les maladies se multiplient,
lorsque la circulation est paralysée,
lorsque les citoyens vivent dans un environnement indigne,
cela constitue un échec politique clair.
Et dans toute démocratie fonctionnelle,
l’échec appelle des conséquences.
L’heure des décisions : tolérer ou agir
Il arrive un moment où les discours ne suffisent plus.
Où les constats répétés deviennent des aveux d’impuissance.
Où l’inaction devient une faute.
Ce moment est arrivé.
Car continuer à tolérer l’inefficacité,
c’est institutionnaliser le chaos.
C’est banaliser la souffrance des populations.
C’est accepter que la capitale d’un grand pays devienne un symbole d’abandon.
Le principe de responsabilité
La solution ne passe pas par des demi-mesures.
Elle repose sur un principe simple, universel et non négociable :
la responsabilité des dirigeants.
Lorsqu’un responsable public échoue durablement à remplir sa mission,
il doit être remplacé.
Non par vengeance.
Non par calcul politique.
Mais par exigence de résultats.
Le changement n’est pas une option.
Il est une nécessité.
Reconstruire Kinshasa : au-delà des hommes, une vision
Au-delà des responsabilités individuelles, Kinshasa a besoin d’une rupture structurelle :
• mise en place d’un système moderne et continu de gestion des déchets ;
• investissement massif dans les infrastructures d’assainissement ;
• lutte réelle contre les constructions anarchiques ;
• transformation des déchets en filières économiques (recyclage, emplois verts) ;
• responsabilisation citoyenne accompagnée d’une autorité publique ferme.
Mais aucune de ces solutions ne peut fonctionner sans un préalable :
une gouvernance compétente, engagée et redevable.
Conclusion : une ville, un symbole, un choix
Kinshasa n’est pas une ville ordinaire.
Elle est le miroir de la République.
Ce qui s’y passe dit au monde entier ce que vaut notre capacité à gouverner, à protéger, à organiser.
Aujourd’hui, ce miroir renvoie une image préoccupante.
Mais une nation se définit aussi par sa capacité à corriger ses erreurs.
Il est temps de choisir :
continuer à subir…
ou décider de changer.
Parce qu’au fond, la véritable question n’est pas seulement celle de l’insalubrité.
C’est celle-ci :
acceptons-nous encore l’inacceptable ?
Éric Kamba
Géostratège et analyste politique”