Depuis plus de deux décennies, l’Est de la République démocratique du Congo vit sous la loi de la guerre importée. Une guerre ni congolaise dans son origine, ni défensive dans sa finalité, mais méthodiquement entretenue par le Rwanda à travers ses supplétifs armés, aujourd’hui regroupés sous l’étiquette AFC/M23.
Cette réalité n’est plus contestable : elle est documentée, observée, dénoncée. Et pourtant, elle perdure.
L’occupation de territoires congolais par des forces soutenues par Kigali n’a qu’un seul résultat tangible : l’insécurité permanente des populations civiles, le pillage systématique des ressources naturelles et la destruction de toute perspective de stabilisation durable. Les personnes sont déplacées, les biens sont détruits, l’autorité de l’État congolais est sapée — pendant que les minerais critiques quittent illégalement le sol congolais.
La fin du mythe FDLR
Pendant des années, le Rwanda a justifié sa présence militaire en RDC par le prétexte de la menace que feraient peser les FDLR. Or aujourd’hui, cet argument ne tient plus.
Les FDLR ne constituent ni une menace stratégique crédible pour le Rwanda, ni une justification légale à une occupation étrangère prolongée du territoire congolais.
Ce narratif a été épuisé, démonté et discrédité. Kigali le sait. C’est précisément pour cela que le Rwanda change de registre, multiplie les justifications et cherche désormais à internationaliser un discours révisionniste dangereux.
Sabotage délibéré des accords de Washington
L’élément nouveau — et grave — réside dans le fait que cette insécurité entretenue bloque directement l’évolution du partenariat stratégique États-Unis – RDC sur les minerais critiques.
Un Congo instable ne peut ni sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, ni garantir un cadre fiable pour des investissements transparents et responsables.
En maintenant la guerre à travers l’AFC/M23, le Rwanda s’oppose objectivement aux accords de Washington, pourtant soutenus par la diplomatie américaine comme un pilier de stabilité régionale et de diversification stratégique face aux dépendances chinoises.
Ce n’est plus un simple conflit régional : c’est un enjeu géopolitique global.
Un double jeu dangereux : Chine, Russie et minerais congolais
Le Rwanda joue avec le feu.
D’un côté, il se présente comme un partenaire occidental fréquentable. De l’autre, il facilite l’accès de la Chine aux minerais congolais qu’il ne possède pas, à travers des circuits opaques rendus possibles par l’insécurité armée.
Plus inquiétant encore, Paul Kagame a cherché à convaincre la Russie — notamment Vladimir Poutine — d’un récit fantasque selon lequel certaines terres de l’Est du Congo auraient historiquement appartenu au Rwanda.
Ce discours, historiquement faux et juridiquement nul, sert à justifier une guerre d’annexion par procuration, menée par le M23/AFC.
C’est un précédent extrêmement dangereux pour l’ordre international : si ce narratif prospère, aucune frontière africaine ne sera plus jamais sûre.
Lobbying, manipulation et corruption du débat international
Face à l’érosion de ses arguments, Kigali active désormais un autre levier : le lobbying agressif au Congrès et au Sénat américains.
Des cabinets grassement payés tentent de défendre l’indéfendable, de relativiser les crimes, de brouiller les responsabilités et de présenter l’agresseur comme une victime.
C’est une insulte à la vérité, aux victimes congolaises et aux principes mêmes que les États-Unis prétendent défendre dans le monde.
Les États-Unis doivent agir — maintenant
L’histoire récente le démontre : les régimes qui prospèrent sur la duplicité ne comprennent qu’un seul langage — celui de la pression réelle.
Sanctions ciblées, restrictions diplomatiques, gel des avoirs, isolement stratégique, conditionnalité stricte de l’aide et rupture avec les réseaux de prédation régionale.
C’est par ce type de mesures que Washington a su faire bouger des lignes ailleurs.
Et c’est exactement ce qui est requis aujourd’hui.
Car laisser faire, c’est accepter :
• la déstabilisation durable de l’Afrique centrale,
• le pillage continu des ressources congolaises,
• la mise en échec d’un partenariat stratégique USA–RDC vital,
• et la diffusion d’un narratif révisionniste qui menace l’ordre international.
Paul Kagame ne stabilise pas la région.
Il la fracture.
Et le monde ne peut plus se permettre de détourner le regard.
Agir maintenant n’est pas une option idéologique.
C’est une nécessité stratégique.
Éric Kamba
Géostratège et analyste des questions africaines “