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La RDC à un carrefour avec son avenir : Félix Tshisekedi en passe de subir le sort de Patrice Lumumba ? Éric Kamba, CADA.

Si cela ne dépendait que du peuple congolais, plus particulièrement des habitants de l’Est pris dans le piège d’une guerre injuste qui n’en finit pas depuis trente ans, le président Félix Tshisekedi, par devers lui la RDC, aurait emboîté le pas au Malien Assimi Goïta, au Burkinabè Ibrahim Traoré et au Nigérien Abdourahamane Tchiani.Mais à quel prix ? Quelle serait la réaction des USA et de ses alliés occidentaux si le président congolais décidait de s’allier militairement avec la Chine et la Russie afin de mettre fin à la déstabilisation de la partie orientale de son pays pour laquelle les précités, en quête insatiable des ressources, jouent un rôle très significatif et ne ménagent aucun effort pour instrumentaliser le rwandais Paul Kagame etl’Ougandais Yoweri Museveni dans ce scenario funeste ? Le sociétaire de l’UDPS pourrait-il subir le sort réservé jadis àPatrice Emery Lumumba ?

La RDC, à travers sa partie orientale, est en proie à une guerre lui imposée injustement par ses voisins, le Rwanda et l’Ouganda, depuis trois décennies. Le détonateur de cette tragédie est le génocide rwandais qui a fait 800 mille morts tutsi et hutu modérés au pays de mille collines et auquel le peuple congolais et ses dirigeants ne sont mêlés ni de près, ni de loin. Leur faute : avoir accueilli sur leur sol, et ce sur insistance de la communauté internationale, de millions de réfugiés désespérés en provenance du Rwanda. 

Depuis lors, la RDC est la seule à payer le lourd tribut : plus de 10 millions de morts, près de 7 millions de déplacés arrachés à leurs terres et en errance, confrontés à une crise humanitaire indicible. Les dégâts énormes subis sur le plan aussi bien environnemental que socio-culturel sont inchiffrables. 

Arrivé au pouvoir le 24 janvier 2019, le président Félix Tshisekedi avait inscrit en ordre de priorité dans son programme politique la fin de la guerre à l’Est. Cinq ans après, la guerre est loin de se terminer. Bien au contraire, elle a repris de plus bel avec la résurgence du M23 en 2023 après avoir été mis en déroute dix ans plutôt par les FARDC et la Brigade d’intervention de la MONUSCO. 

Certes, d’intenses efforts ont été réalisés sur le plan diplomatique au point d’amener la communauté internationale, par les Nations unies interposées, non seulement à reconnaître l’agression de la RDC par le Rwanda sans que s’ensuivent, curieusement, des sanctions strictes et fermes, mais aussi à lever l’embargo sur la vente d’armes et autres services militaires qui frappait le pays depuis 2008. Cependant, l’épine dans le pied de la RDC semble être son armée, dont beaucoup d’officiers se sont découvert plus la vocation de businessmen que de combattants. Les services de sécurité ne sont pas non plus en marge.

En décadence au soir du régime Mobutu, infiltrés et désarticulés à souhait avec l’avènement de l’AFDL, ces deux corps avaient cessé d’être la véritable colonne vertébrale du dispositif sécuritaire du pays pour sa défense et sa protection. Indubitablement, leur réforme en profondeur s’imposait et s’impose. Comment et avec qui ? Celle-ci est–elle possible pendant la guerre ? C’est une quadrature du cercle devant laquelle se trouve la RDC en dépit de nombreuses tentatives visant à faire monter en puissance l’armée et de rendre performants les services de sécurité.

Dans ce cas, tendre la main ailleurs à la quête d’un appui, plus précisément à la Chine et à la Russie, est plus qu’un impératif.Avec, du reste, raison ; les partenaires traditionnels, en l’occurrence les USA et leurs alliés occidentaux, affichant une certaine indifférence et se faisant même complices des régimes de Kigali et de Kampala. Et pour étouffer toute velléité de la RDC dans ce sens, Washington a fait savoir d’avance que l’issue de la guerre à l’Est de la RDC ne sera pas militaire, mais plutôt dans la négociation entre Kinshasa et Kigali dont Luanda, présentement très courtisé pour contrebalancer l’influence chinoise aussi bien en Angola que dans la région, est médiateur.Longtemps déstabilisé par les USA, par l’entremise de l’ancien Zaïre, soutien de taille de l’UNITA de Jonas Savimbi pour endiguer la poussée communiste, l’Angola s’avère désormais être le point des convergences des investissements occidentaux en vue du positionnement des USA dans la course au contrôle, non seulement des ressources, à savoir notamment celles de l’Angola-même, de la RDC et de la Zambie, mais surtout de voies d’exportation de ces ressources. Cela en passant par le corridor de Lobito dont les Américains proposent la prolongation jusqu’à Dar es Salaam afin de contrer Pékin qui se résout de relancer la ligne historique TAZARA qui permettrait l’exportation des minerais congolais et zambiens par la côte Est, via la Tanzanie. 

Afin d’abattre ses cartes, mieux les cartes de son pays, le président Biden foule le sol angolais du 13 au 15 octobre, soit 21 jours avant la tenue de la présidentielle américaine 2024 qui va mettre aux prises la démocrate Kamala Harris et le républicain Donald Trump qui pense rééditer l’exploit de 2016. C’est dire tout le danger que Washington perçoit à travers la route de soie que Pékin, premier partanaire commercial de Luanda, met, pioche après pioche, en en place.  Naturellement, sous toutes ses coutures, le dossier RDC, dont le président Félix Tshisekedivient de renforcer la coopération avec la Chine lors du neuvième Sommet du FOCAC (Forum sur la Coopération Sino-Africaine)sera au menu des échanges entre le président angolais Lourenço et son hôte de marque américain. Et Kinshasa risque d’être ainsi pris en tenaille entre Luanda, Kampala et Kigali, non sans compter la toile que tisse Paul Kagame au Nord-Ouest de la RDC avec d’emprises territoriales au Congo-Brazzaville et en Centrafrique.

Quelle serait, dans ce contexte, la réaction des USA et de ses alliés occidentaux si le président congolais Félix Tshisekedidécidait de traverser la route pour se liguer militairement à la Chine et à la Russie avec pour objectif ultime de délivrer l’Est de son pays ? L’exemple du Mali, du Burkina Faso et du Niger, autrefois pré carré de la France, est-il à ce point inspirateur ? 

Le chao en RDC n’est pas le produit des seuls conflits internes et régionaux

Nation bénie, la RDC regorge d’abondantes ressources naturelles. Elle a été longtemps un point focal des intérêts mondiaux et elle continue de l’être. Le chao persistant qu’elle connaît depuis des décennies n’est pas seulement le produit des conflits internes et régionaux, cependant il est de plus en plus évident que les puissances occidentales, animées par leur insatiable soif des ressources, ont et continuent à jouer un rôle significatif dans la déstabilisation de la région. 

Dans ce scenario funeste, deux figures clés bien connues pour leur rôle dans la perpétuation de la violence et de l’instabilité en RDC sont les présidents Paul Kagame du Rwanda et le président Yoweri Museveni de l’Ouganda. Agissant comme des proxys pour les intérêts occidentaux et se servant aussi à l’occasion, ces dirigeants ont été instrumentalisés dans le conflit en cours qui ravage le Congo. 

L’implication des nations occidentales dans le soutien à ces dictateurs n’est pas un secret, alors que leurs médias ne s’empêchent d’en rajouter pour ce qui est des droits de l’homme au Congo. La stratégie est simple : maintenir la RDC dans un état de troubles perpétuels, rendant ainsi plus facile l’extraction de ses ressources sans faire face à un gouvernement fort et stable qui pourrait résister à l’exploitation étrangère. 

Cependant, un nouveau chapitre pourrait se dérouler dans l’histoire tumultueuse de la RDC. Mais, il y a une inquiétude croissante parmi de nombreux observateurs en ce que si le président de la RDC se décidait d’aligner le pays avec des puissances mondiales telles que la Chine et la Russie, l’Occidentne resterait pas indifférent. Il pourrait recourir à leur vieux tour notoire pour maintenir leur influence.

Déjà, la colère piquée par Washington en mai dernier à la suite des mouvements d’avions militaires russes qui auraient été repérés sur le territoire tunisien, information qualifiée par la suite de fake news par l’Ambassade de la Russie en Libye, résonne tel un avertissement non pas seulement à l’endroit de la Tunisie, mais aussi à tout autre pays considéré à tort ou à raison comme zone d’influence américaine en Afrique. C’est le cas de la RDC.Les chassés-croisés des chefs des diplomaties russe et américaine en juin-juillet 2022 en Afrique, voire après, signifie, si besoin en est encore, la détermination de ces puissances mondiales, qui se disputent constamment le contrôle et l’influence, de marquer d’empreintes de leurs pays respectifs des régions en Afrique.  

La peur est donc palpable. Les puissances occidentales iraient-elles jusqu’à orchestrer un assassinat pour empêcher la RDC de changer d’alliance ? 

Un réalignement non sans risques

La décision de s’aligner avec la Chine et la Russie, si bien que potentiellement controversée, repose sur le désir de chercher des partenaires prêts à soutenir la souveraineté et le développement de la RDC, sans les ficelles de l’exploitation attachées. Contrairement à l’Occident qui a une longue histoire de l’utilisation de la RDC comme pion dans ce jeu géopolitique, la Chine et la Russie pourraient offrir une approche différente, laquelle approche respecterait les droits de la RDC à ses ressources et à sa souveraineté, sur fond du principe gagnant-gagnant.

Mais, ce réalignement potentiel ne viendrait pas sans risque. La RDC a déjà été témoin des conséquences dévastatrices de l’ingérence étrangère et les enjeux sont plus élevés que jamais. La crainte est que l’Occident, réticent pour perdre son emprise sur la RDC, puisse recourir à des mesures drastiques, y compris l’assassinat, pour maintenir le contrôle de ce pays et le garder dans son giron.

Cette crainte n’est pas infondée. L’histoire regorge ces types de dirigeants qui ont payé le prix ultime pour avoir défié l’hégémonie occidentale. C’est ici que la comparaison n’est pas de mise avec l’exemple malien, burkinabè et nigérien. Certes, il sied de saluer la bravoure de ces trois dirigeants qui, sous le parapluie russe, se sont libérés de la tutelle française pour voir comment se sortir autrement du traquenard constitué par le terrorisme dans le Sahel. Cependant, il est à noter que ces trois pays n’étaient pas au départ sous influence américaine, mais plutôt sous celle de la France qui, au fil du temps, est sur une courbe descendante, lézardant, par conséquent, son ancien empire colonial en Afrique. Et les Anglo-Saxons n’y seraient pas moins pour quelque chose. A ce point, le cas du Rwanda, pays aujourd’hui anglophone que francophone, est assez patent.

Dans ce contexte, la sécurité du président Félix Tshisekedidevient primordiale. La communauté internationale, en particulier, ceux qui plaident pour la souveraineté et l’autodétermination, sont-ils à même de s’assumer pour accompagner le Congo ? A cet effet, le président congolais auraitbesoin non seulement du soutien de son peuple, qui, du reste, va decrescendo eu égard à une gouvernance qui laisse parfois à désirer, mais aussi de la protection de la communauté mondialecontre toute menace extérieure.

En effet, le réalignement potentiel avec la Chine et la Russie pourrait être un changement de jeu pour la RDC, offrant une opportunité de se libérer du cycle d’exploitation qui a tourmenté le pays pendant plus d’un siècle. Mais, ce changement place également la direction de la RDC dans une position précaire, vulnérable aux machinations de ceux qui préféreraient avoir le pays rester dans le chao. 

L’on ne peut donc s’étonner que le président Félix Tshisekedi ait été psychanalysé en mai dernier à l’occasion de sa première visite d’Etat à Paris par la télévision française LCI interposée en lieu et place d’une interview en bonne et due forme qu’il avait daignée accorder au journaliste Darius Rochebin. De bout en bout, ce dernier a tenté de pousser dans les cordes son interlocuteur, qui s’est montré très habile, à éprouver de la répugnance pour la Chine et la Russie, deux pays qui ne sont pas des régimes démocratiques, mais qui, progressivement, gagnent du terrain en Afrique. Il va donc sans dire que tous les faits et gestes du président Félix Tshisekedi à l’endroit de la Chine et de la Russie sont scrutés, suivis à la loupe.

En conclusion, la RDC se trouve à un carrefour avec son avenir en jeu. Sa décision de chercher des nouvelles alliances est un geste audacieux qui pourrait redéfinir le chemin du pays. Cependant, c’est une décision pleine de dangers. 

En effet, situé au cœur de l’Afrique, le Congo revêt une importance qui transcende ses frontières géographiques et politiques et l’avenir de l’Afrique est inextricablement lié à son unité et à son développement. Son importance n’est pas seulement pour le continent africain, mais pour le monde entier, surtout par ces temps de transition énergétique due au réchauffement climatique. Il conviendrait que ses dirigeants et son peuple en prennent au préalable conscience pour savoir à quoi s’en tenir et comment se déterminer.

qui, sous le parapluie russe, se sont libérés de la tutelle française pour voir comment se sortir autrement du traquenard constitué par le terrorisme dans le Sahel

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