Le président français Emmanuel Macron est attendu au début de ce mois de mars à Kinshasa. A l’occasion, il va s’entretenir avec son homologue congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombosur des questions aussi bien bilatérales qu’internationales marquées, notamment, par l’agression de la RDC par le Rwandavia le M23, lequel Rwanda bénéficie de divers soutiens de Paris,et le contexte de la guerre russo-ukrainienne qui voit se dessiner une nouvelle géopolitique mondiale sur fond de la géostratégie et la redistribution des zones d’influence dans le monde suivant des lignes d’approvisionnement en matières premières stratégiques qui conditionnent l’avenir du monde.
Que faut-il attendre du séjour congolais du président français ?Quel message en retour pour le Gouvernent à la France ?
1. Au sujet de l’agression de la RDC par le Rwanda via le M23
C’est un secret de polichinelle. Les Nations unies, l’Union européenne, les grandes nations occidentales (les USA, l’Allemagne, la France, le Royaume Uni, voire la Belgique) ont reconnu le rôle que joue le Rwanda, à travers le M23, dans l’agression de la RDC dans sa partie orientale. Bien que la France se soit investie dans la levée de l’embargo sur les achats des armes qui frappait le Congo-Kinshasa, mais l’on retient cependant que le soutien de Paris à Kigali, sur fond du génocide,est multiple et sans équivoque ? Cela en raison, notamment, dela sous-traitance du Rwanda à l’effet de préserver les intérêts français par le biais de la multinationale TOTAL dans les gisements gaziers du Mozambique, voire politico-économiques en République centrafricaine où la Russie semble prendre pied par le biais des troupes de Wagner. Non sans perdre de vue quela France est en train de perdre entretemps certains pré carrés en Afrique.
Quelle assurance donc le président français peut-il donner à la population congolaise que le rapprochement avec le Rwanda ne se fait pas sur le dos de la RDC ? C’est le gage à donner au Gouvernement congolais dans la perspective du renforcement des relations bilatérales entre les deux pays.
En retour, victime de la politique étrangère de la France au travers de l’opération Turquoise qui a tourné en drame avec des millions de Hutus rwandais déversés en son temps sur le sol congolais et dont les éléments résiduels servent de prétexte au Rwanda pour justifier ses campagnes militaires en RDC, quel sera le message phare du Président Félix Antoine TshisekediTshilombo à son homologue français pour susciter la franche implication de Paris dans le dénouement de la crise à l’Est du Congo. Kinshasa devra, sans ambages, exprimer ses attentes vis-à-vis de Paris.
2. En rapport avec la transition énergétique
Du fait de regorger les minerais dont le monde a besoin dans le cadre de la transition énergétique, la RDC, qui entend s’assumer comme pays solution dans la lutte contre le réchauffement climatique, est l’objet de convoitise de la part des grandes puissances économiques mondiales qui se sont lancées, entre autres, dans la production des véhicules électriques. Cependant, les USA semblent avoir pris le pas sur les autres pays occidentaux en termes d’approvisionnement desdits minerais. Et dans la quête d’avoir accès à ces minerais, la France n’est pas en marge et entend jouer sa partie. Quelle offre la RDC entend-elle lui faire et à quelles conditions ?
Toujours sur le plan économique, la multinationale française TOTAL a affiché solennellement il y a peu du mépris eu égard aux appels d’offre internationaux lancés par la RDC au sujet des 30 blocs pétroliers et gazeux. Est-ce une occasion pour la France de relativiser cette position pour le moins indélicate motivée par des considérations qui, apparemment, ne sont pas d’ordre économique. Et sous quel regard la RDC va-t-elle désormais placer les rapports économiques avec la France ?
3. La problématique de la Francophonie
Malgré le ferme soutien de la France à la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour sa réélection à la tête de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), candidature du reste annoncée en anglais, langue d’enseignement et officielle au Rwanda, le président Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo n’entend pas pour autant quitter le navire en dépit du fait que cette organisation s’est gardée de condamner l’agression de la RDC par le Rwanda.
Le choix fait par la France entre le Rwanda et la RDC, un des grands pays francophones du monde et premier pays francophone de l’Afrique, de par le nombre de ses habitants estimés à plus de 100 millions de personnes, étonne au premier plan les Congolais et continue à faire couler beaucoup d’encre et de salive. Mais paradoxalement, le président Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo a, dans son adresse lors des échanges de vœux pour 2023 avec le corps diplomatique accrédité au Congo,exprimé le souhait de voir son pays être leader dans cette organisation, jouer les premiers rôles et être prêt à reconquérir son leadership en son sein. Est-ce une naïveté ou une simple modestie ?
Par ailleurs, la RDC, frontalière du Rwanda avec lequel lesrelations se sont beaucoup détériorées, organise cette année les neuvièmes jeux de la Francophonie. Et la question à se poser est de savoir s’il est opportun pour Kinshasa, confronté à l’hypocrisie des Francophones et à une guerre injuste qui grève son budget, d’organiser lesdits jeux et pour quel gain.
Eric Kamba, CADA