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Les forces armées congolaises à l’épreuve des faits

La présente analyse a le mérite de se pencher sur une question d’importance capitale pour la République Démocratique du Congo, à savoir celle de son armée. Ceci étant donné que tout Etat moderne se doit de protéger sa population et son territoire des menaces de plus en plus croissantes et qui, de nos jours, sont de diverses natures.

De ce fait, la vraie question consiste à se demander si l’armée congolaise, de par sa structuration, peut faire face au défi sécuritaire de l’heure.

Afin d’y répondre, nous analysons le processus de structuration de cette armée relativement àcertains temps forts de l’histoire congolaise qui l’ont impacté, en l’occurrence, sous l’Etat indépendant du Congo et la colonisation, à l’indépendance, sous la deuxième République, sous les transitions, et sous la troisième République. Cette démarche nous permettra de saisir non seulement les éléments qui ont concouruà l’état actuel de l’armée, mais aussi les difficultésqu’elle a rencontrées ou rencontre comme corps tout au long de son itinéraire aux fins de proposer des pistes de solution.

1. L’armée sous l’Etat indépendant du Congo et sous la colonisation (la Force publique)

Les forces de défense et de sécurité de la République Démocratique du Congo sont nées sur les ruines de la Force dite publique. Ainsi donc, la prise en compte du mode de recrutement de cette dernière et ses pratiques sont essentiels pour comprendre la structuration actuelle de l’armée congolaise.

En effet, la Force publique fut créée en 1885 par Camille Coquilhat lorsque le roi Léopold II de Belgique, qui venait de prendre possession du pays sous le nom d’État indépendant du Congo, ordonna à son ministre des Affaires intérieures de créer une force militaire et de police pour le nouvel État. À partir de 1886, Léopold II envoya de nombreux officiers belges détachés pour mettre en place ladite force militaire. Afin de s’assurer la maîtrise de cette force, le corps des officiers fut composé d’officiers belges, mais aussi suédois, danois, et autres européens.

En 1888, les soldats étaient d’origine zanzibarite ou en provenance des zones côtières anciennement colonisées (LibériaNigeria…). Mais, à partir de 1886, il fut décidé d’essayer de recruter les soldats au Congo et de mettre progressivement un terme à l’emploi desmercenaires étrangers.

En 1887, cent Bangalas (tribu guerrière du Haut-Congo) constituèrent une première compagnie opérationnelle. Le recrutement initial (le long du fleuve Congo) des premiers soldats congolais fit que leur principal dialecte, le lingala, devint la langue utilisée par l’encadrement européen pour s’adresser aux sous-officiers et soldats congolais, quel que fût leur dialecte d’origine.

Léopold II acheta aussi des esclaves à TippoTipp. Les esclaves, connus dès lors sous le nom de libérés, étaient libérés s’ils acceptaient de s’engager pour quatre ans dans la Force publique. D’autres, kidnappés dans leur enfance lors des raids sur leurs villages, étaient élevés dans des missions catholiques où ils recevaient une éducation militaire proche de l’esclavage.

La Force publique se construisit sur base de la défense du territoire et de la lutte contre les marchands d’esclaves. La principale opération fut la guerre qu’elle mena contre les Arabo-Swahilis de l’Est du pays de 1892 à 1894, guerre menée par Francis DhanisLouis Napoléon Chaltin occupera, par ailleurs, l’enclave de Lado en 1897.

En 1897, la Force publique comptait 14 000 hommes, dont 8 000 autochtones provenant des levées annuelles, 4 000 engagés volontaires congolais et 2 000 volontaires africains étrangers. De 1886 à 1908, le corps des officiers était composé de 648 Belges, 112 Italiens, 53 Danois, 47 Suédois, 26 Norvégiens et un plus petit nombre recruté dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni et les États-Unis.

Sous Léopold II, un des rôles de la Force publique fut aussi de répondre à la demande des agents de l’État chargés d’assurer la rentabilité économique du territoire par l’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire. Pour atteindre les quotas de production fixés, certains de ces agents eurent recours au travail forcé et à la chicotte ou fimbo — un fouet fait de lanières de peau d’hippopotame. Ainsi, tous les Congolais qui ne respectaient pas le règlement colonial pouvaient recevoir 50 à 100 coups de fouet, nombre qui fut ensuite baissé à 20.  Bien évidemment, ces coups pouvaient être mortels. 

À la demande de ces agents, la Force publiqueprenait des otages, le plus souvent, des femmes afin de forcer leurs maris à travailler pour remplir les quotas de production demandés. Les femmes étaient parfois violées. Des villages furent incendiés et les mains des cadavres devaient être coupées et ramenées pour justifier la dépense en munitions. Comble de tout, des mains furent coupées à des individus vivants pour justifier des munitions dépensées autrement.

La Force publique dut faire face à des problèmes de discipline au cours de son histoire. Au cours des premières années, des mutineries de la part des soldats noirs se produisirent (voir notamment révolte des Batetela). Les problèmes d’organisation avec des officiers blancs furent également fréquents. Quelques-uns utilisèrent plus le pouvoir qui leur était donné sur le territoire pour leur profit personnel que pour servir les intérêts de l’État. Pour Stanley, le contrôle de certains officiers était le principal problème auquel il fallait faire face.

Jusqu’à la reprise du pays par le Congo Belge, 23 % des officiers et sous-officiers belges y ayant servi périrent lors de batailles ou de maladie (principale cause de mortalité).

En effet, après la reprise de l’État indépendant du Congo par le gouvernement belge en 1908, la Force publique fut organisée en 21 compagnies distinctes, complétées d’unités d’artillerie et de génie. Chaque compagnie comprenait au moins 4 officiers blancs, 8 sous-officiers congolais et plus de 150 soldats africains. Ces officiers belges prirent rapidement la place des Européens de toutes origines qui constituaient le corps des officiers sous l’État indépendant. Les troupes du Katanga étaient constituées en une force autonome de 6 compagnies et une unité cycliste. Les 21 compagnies étaient les suivantes : AruwimiBangalas,BasCongoCataractesÉquateurIturiKasaïKwangolac Léopold IILualabaLulongo,MakrakasMakuaBomokandiPonthiérvilleRubiRuzizi-KivuStanley FallsStanley PoolUbangiUele-Bili.

Entre 1945 et 1960, la Belgique continua d’utiliser la Force publique comme un corps de police coupé du peuple, avec des unités mélangées comprenant au maximum 25 % de natifs d’un même district. Corps discipliné et exigeant, la Force publique impressionnait les visiteurs par son apparence soignée et sérieuse, mais entretenait une culture de ségrégation, encouragée par ses officiers belges, qui conduisit à des tensions violentes dès l’indépendance proclamée en juin 1960. La chicotte elle-même ne fut abolie qu’en 1955.

A ce stade, le constat est que la Force publique commence par reposer sur des mercenaires, que l’une de ces missions premières fut la répression et que l’indiscipline fut une caractéristique. Cela est dû au fait que la Force publique recrutait de force à ses débuts et, ensuite, elle a recruté les adolescentsexclus du système éducatif normal pour cause d’indiscipline ou dont les familles ne savaient plusramener sur le droit chemin. 

2. L’armée à l’indépendance (Armée nationale congolaise)

Le 5 juillet 1960, soit 5 jours après la proclamation de l’indépendance, des troupes de la Force publique stationnées près de Léopoldville se mutinèrent contre leurs officiers blancs et s’attaquèrent aussi à des civils européens ou congolais. Des propos tenus aux soldats africains par le général belge Janssens, commandant la Force publique, au camp principal des environs de Léopoldville auraient été à l’origine de cette rébellion. Il leur aurait déclaré que l’indépendance n’apporterait aucun changement dans leur rôle ou statut.

L’intention du général Janssens était avant tout de rappeler que la discipline devait être maintenue au sein de la Force publique, mais le discours fut compris comme une négation de l’indépendance nouvellement acquise. L’impact fut désastreux. L’insurrection provoqua une panique parmi la population civile d’origine européenne, essentiellement belge, et son retour massif vers l’Europe.

Le nouveau gouvernement perdit sa crédibilité en se montrant incapable de contenir les mutins et d’empêcher leurs exactions. Le 9 juillet 1960, ce qui restait de la Force publique fut rebaptisé Armée nationale congolaise (ANC), et son encadrement fut hâtivement africanisé au détriment de toute valeur opérationnelle. C’est ainsi que, du jour au lendemain, Victor Lundula, ancien adjudant de la Force publique, fut promu général et commandant en chef de l’ANC.

Cette flambée de violence conduisit immédiatement à une intervention de l’Armée belge pour assurer la sécurité de ses citoyens et plus généralement des Européens. Ce retour de l’ancienne puissance coloniale, sans l’accord du gouvernement congolais, se fit en violation de la souveraineté nationale. La crise qui s’ensuivit vit la montée en puissance de Joseph Mobutu, un ancien sergent-major de la Force publique, qui avait été mis à la tête de l’armée par Patrice Lumumba, et qui prit le pouvoir en 1965.

L’Armée nationale congolaise, qui naquit  des cendre de la Force publique, connut les même problèmes et assura, comme dans tous les autres secteurs de la vie nationale, la quasi-totalité des missions pré indépendance étant donné que, comme ailleurs, les nouveaux dirigeants africains n’avaient fait que remplacer le blanc qui était parti. C’est ainsi que certaines de ses missions fondamentales sont en réalité renvoyées au second plan au profit de certaines, moins essentielles pour la nation.    

3. L’armée sous la deuxième République (Forcesarmées zaïroise)

Les FAZ furent créées en 1971 par changement du nom de l’Armée nationale congolaise. Ce changement est lié à la politique de zaïrianisation de la République Démocratique du Congo (Kinshasa), retour à l’«authenticité» africaine menée par le général Mobutu au pouvoir depuis 1965.

Les Forces armées zaïroises sont, au cours de leur histoire, affaiblies par de nombreuses purges fondées sur des critères ethniques. Entre 1975 et 1978, plus de 1 000 officiers et sous-officiers, issus du Kasaï ou du Shaba, sont exclus après des troubles dans leurs régions. Dans les années 1980, Les forces armées zaïroise sont de plus en plus formées de Ngbandi, l’ethnie du président, ou de Ngbaka.

Les soldats zaïrois sont, pour la plupart, très mal payés, et dès les années 1970, ils se reconvertissent dans les trafics de pièces d’équipement militaire, tandis que les officiers détournent les soldes destinées à leurs subordonnés.

Les Forces armées zaïroises joueront quasiment le même  rôle que  la Force publique et l’Armée nationale congolaise. Elles connaitront les mêmes problèmes que l’Armée nationale congolaise, doublés d’une misère due à la corruption généralisée que le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), parti-état, eut institutionnalisée et des guerres fratricidesentre les différentes unités du fait de la différence remarquable dans leur traitement. Dans pareillesconditions, l’armée est tout sauf un corps prêt à défendre la nation.  

4. L’armée sous les transitions

Les transitions commencent en 199O lors du célèbre discours du maréchal Mobutu du 24/04/1990et prennent fin avec la promulgation de la Constitution du 18 février 2006. Elles représententdes périodes troubles au cours desquelles certainesdécisions ont été prises pour résoudre les problèmes qui minaient la nation. Et certaines ont impacté les Forces armée. L’une des décisions qui a eu des conséquences dramatiques pour les Forces armées fut le brassage et le mixage des troupes. Elle a consisté à intégrer dans les Forces armées tous les rebelles avec leurs grades et, dans certains cas, avec leurs troupes replacées sous leur commandement. Donc en réalité,il n’eut pas brassage et mixage, mais plutôt une simple intégration. 

Cette décision eut pour conséquences : la rupture de la chaine de commandement en ce que certainsmilitaires censés servir sous le drapeau répondentplus de leur ancien chef de guerre que du commandement de l’armée ; la cristallisation des conflits d’intérêts, d’autant que les militaires en général et les anciens chefs de guerre en particulierfont passer leur intérêt avant celui de l’armée et utilisent les moyens mis à leur disposition pour des fin personnelles et, le cas échéant, contre les populations civiles ; et l’infiltration massive du commandement militaire.

Pareille situation n’a eu pour effet que d’enfoncer encore plus ce corps censé garantir l’intégrité du territoire national étant donné que lui-même était composé en majorité des troupes de l’AFDL, une armée conquérante constituée de beaucoup de Rwandais et d’Ougandais qui avaient contribué à conquérir le pouvoir pour mettre la main sur les richesses minières de la RDC  

5. L’armée sous la troisième République (Forces armées de la RDC) 

La troisième République, qui commence avec la promulgation de la Constitution du 18/02/2006, trouve les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans un étatpiteux qui ne dit pas son nom, parce que les problèmes hérités de la Force publique, de l’Armée nationale congolaise, des Forces armées zaïroise et de l’AFDL auront atteint leur paroxysme. C’est ainsi que la troisième République ne démarre pas sur des chapeaux de roue pour l’armée qui, malgré les efforts fournis, continue à être montrée du doigt, signe que les différentes réformes n’ont pas encore donné les fruits escomptés. 

Pour clore, nous disons qu’à l’issue de cet aperçu, nous nous sommes rendu compte que, certes,l’armée congolaise a besoin que des moyens soient mis en sa disposition pour bien remplir ces missions,mais cela ne peut se faire qu’après l’avoir repensée. En effet, la repenser permettra de lui assigneruniquement des missions d’intérêt général qui seront assurées avec patriotisme, professionnalisme et dévouement. De la sorte, tout le monde sera rassuré de l’utilisation des fonds qui pourront être alloués aux Forces armées de la République Démocratique du Congo.

Eric Kamba , CADA

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