La corruption est un fléau qui cause d’énormes problèmes à nos sociétés contemporaines, mais encore plus à nos sociétés africaines. Ceci de par leur situation financière et tous les autres problèmes qui minent leurs économies, les entrainant ainsi dans un cercle vicieux qui plonge leurs populations dans la misère la plus totale. Et la République Démocratique du Congo, pays africain, n’échappe pas à cette règle. Elle connaît, avec un peu plus d’acuité, le même sort dû à ce fléau qui n’épargne personne tel un rouleau compresseur. La question à se poser est celle de savoir pourquoi le problème est plus accentué en République Démocratique du Congo et quelle piste de solution peut être envisagée.
Pour répondre à cette question, ou du moins pour tenter d’y répondre, nous allons nous inscrire dans une approche diachronique et synchronique afin de déterminer les raisons qui amplifient ce phénomène et l’institutionnalisent.
En République Démocratique du Congo, ce fléau a atteint son apogée avec la chute des prix du cuivre sur le marché international et la politique de zaïrianisation qui sonna le glas de l’économie.
La chute du prix du cuivre, matière première exportée principalement, avait entrainé des déficits dans l’économie et, par ricochet, dans les finances du parti-Etat. Ce dernier puisait dans les caisses d’une économie florissante pour s’assurer un train de vie royale et payer pour acheter les consciences et le silence au niveau national et international. Le régime dit de la deuxième République était ainsi obligé d’opérer des ponctions beaucoup trop considérables dans les entreprises publiques, occasionnant de la sorte leur descente en enfer. Ce qui, par conséquent, a conduit à la détérioration du tissu économique avec des effets néfastes, entre autres, la misère qui a contraint les institutions, à de différents échelons, à développer des moyens de survie. Et le principal moyen fut la corruption. Elle s’est généralisée dans les services de l’Etat et s’est, au fur et à mesure, installée comme moyen de survie. Bref, elle s’est transformée en norme.
Les services publics sont devenus d’une lenteur légendaire, monnayant les services pour lesquels ils sont payés, doublant ou triplant même les montants qu’ils doivent percevoir (impôts et taxe). Et pis, ils ne les versaient même pas dans le compte de Trésor public. Dans ces conditions, il s’est installé un cercle vicieux étant donné que pareille pratique rend le climat des affaires compliqué et crée une stagnation de l’économie nationale. Car, seuls les mafieux investissent et permettent à ce système de perdurer.
La zaïrianisation, pour sa part, est partie du voyage en Chine du président Mobutu en automne en 1973. Elle a été avalisée par le premier congrès du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), devenu plus tard parti-Etat. Sans atermoiement, le président Mobutu décidait ainsi de nationaliser en expropriant petites et moyennes entreprises, plantations et petits commerces encore aux mains des étrangers. En l’espace de quelques jours, des milliers d’entreprises passèrent ainsi aux mains de ses partisans. Comme ceux-ci n’avaient généralement aucune compétence spécifique, cette zaïrianisation eut des conséquences désastreuses pour l’économie du pays.
Au vu des conditions qui ont prévalu pendant la deuxième République, il va sans dire que le fait que la corruption ait été portée par l’administration publique, qui était censée la combattre, a amplifié ce fléau et l’a institutionnalisé. Il a brisé pour les usagers tout espoir d’un retour à la normale. Bon nombre d’usagers se sont accommodés de cette nouvelle norme, évitant ainsi toutes les autres formes d’initiatives économiques.
La solution se trouve être la moralisation et le renforcement des sanctions. Mais, ces mesure auront du mal à voir le jour étant donné que les principaux accusés sont à la fois juge et partie. D’où toute la complexité du phénomène en République Démocratique du Congo. Le politique a donc une grande partition à jouer dans la mesure où l’administration lui est subordonnée dans certaines proportions.
Eric Kamba, CADA,