Organisation à but non lucratif , structure de la société civile, une association indépendante dévouée à l’intérêt général du développement de la RDC, une équipe permanente de travail axée sur la recherche et la production des propositions innovantes en matière de politique publique.

Zone tampon en République Démocratique du Congo : balkanisation de fait ou piste de solution

Le présent article aura le mérite de se pencher sur la question épineuse de la zone tampon en République démocratique du Congo tout  en la contextualisant, compte tenu des facteurs endogènes et exogènes qui rendent la question plus délicate. Le présent travail prendra ainsi en compte  aussi bien les considérations d’ordre  général que d’ordre particulier et se veut une étude alternant  diachronie et  synchronie. 

Dans le but de garantir tant soi peut la compréhension de nos lecteurs, le présent article abordera successivement les zones tampons de manière générale, ensuite dans le contexte congolais et fera, en dernier en dernier lieu, le lien entre les deux points ci-haut évoqués afin d’en déterminer les tenants et les aboutissants.

Zone tampon et Etat tampon

Selon wikipedia, une zone tampon peut être une zone démilitarisée,               un «no man’s land» ou autre type de zone frontière dont objectif peut être de :

  • surveiller la population de la part d’un Etat totalitaire ;
  • prévenir la violence entre deux zones dont la population ou les régimes politiques entretiennent des relations conflictuelles.

Pour la petite histoire, la Corée, péninsule située au nord-est de la Chine, est colonisée par le Japon depuis 1910. En 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin et que l’on commence déjà, dans le camp allié, à prévoir l’après-guerre, URSS et Etats-Unis s’entendent sur une libération séparée de la Corée. Ils choisissent le 38ème parallèle comme ligne de démarcation. Au nord, la Corée est libérée par les Soviétiques ; au sud par les Américains.

Cette division est décidée lors de la Conférence de Yalta. Elle est censée être temporaire, le temps d’organiser des élections libres pour former un gouvernement national coréen. Cependant, du fait des tensions croissantes entre les deux super puissances dans un contexte de Guerre froide, et malgré la création d’une commission chargée de la question à l’ONU, ces élections libres sont un échec. De deux côtés du 38ème parallèle cohabitent deux Etats aux idéologies opposées.

Selon le dictionnaire Universalis, un Etat tampon est Situé entre deux ou plusieurs grandes puissances et soustrait à leur influence afin de les séparer et de réduire ainsi la possibilité de conflits entre elles. L’État tampon doit garder politiquement une distance égale par rapport à chacun de ses voisins. Pour cette raison, il est souvent doté d’un statut de neutralité permanente lui imposant le devoir de rester toujours en dehors de tout conflit armé. Les grandes puissances intéressées doivent reconnaître et respecter ce statut.

Historiquement, le cas le plus caractéristique de la création d’un État tampon est celui de la Belgique. Le traité de Londres du 15 novembre 1831, signé par la Grande-Bretagne, l’Autriche, la France, la Prusse, la Russie et la Belgique, stipulait en même temps l’indépendance de cette dernière et sa neutralité permanente, garantie par les cinq grandes puissances.

Toutefois, au cours de la Première Guerre mondiale, la neutralité belge fut violée par l’Empire allemand et le statut fut abrogé par le traité de Versailles du 28 juin 1919. Un autre État doté d’un statut de neutralité permanente, la Suisse (déclarations du 20 mars 1815 et du 20 novembre 1815), est devenu en fait un État tampon après l’unification de l’Italie et la naissance de l’Empire allemand.

À partir de 1955, l’Autriche a joué le rôle d’un État tampon en séparant des territoires d’États membres de l’alliance de l’Atlantique Nord de ceux du Pacte de Varsovie. Toutefois, sa neutralité ne résultait pas explicitement d’une convention internationale conclue entre les puissances intéressées, mais de sa Constitution promulguée le 26 octobre 1955.

En fait, d’autres États situés entre les deux blocs militaires pouvaient être considérés comme des États tampons, dans la mesure où ils menaient une politique indépendante par rapport aux grandes puissances opposées. Ce fut le cas de la Suède et de la Yougoslavie qui, sans avoir un statut juridique particulier en droit international, se considéraient comme «non engagées». En Asie du sud-est, une tentative a été faite, après le retrait des forces françaises de l’Indochine, d’ériger le Cambodge et le Laos en États tampons, mais aucun de ces deux États n’a pu échapper à la guerre civile et à des interventions étrangères.

            Au vu des éléments sus indiqués,  la création aussi bien de la zone tampon que de l’Etat tampon n’a pas produit les résultats attendus. La question à se poser est celle de savoir pourquoi toutes ces tentatives de solution pour le maintien de la paix initiées par la communauté dite internationale  n’ont quasiment jamais donné les résultats escomptés.     

Contexte congolais

Pour cerner les réalités congolaises, du moins de sa partie orientale, il faudrait prendre en compte le génocide rwandais, la manière dont la question de la nationalité congolaise a été traitée par la Constitution du 18 février 2006 et  le projet d’Etat tampon s’inspirant de l’empire  hema-tutsi.

Le génocide rwandais ayant déjà conduit des populations rwandaises sur le sol congolais, populations qui revendiquent aujourd’hui la nationalité congolaise et prennent les armes pour la défense de leur droit et  insécurisent  cette partie de la République Démocratique du Congo, poussant  dans la foulée  les populations de ce coin à fuir leur habitat d’origine. La question à se poser est celle de savoir si cela n’est pas fait pour vider ce coin (l’est) de sa population afin de la remplacer par des populations rwandaises dans la perspective de la concrétisation du projet d’un Etat tampon voulu par le Rwanda, à savoir l’empire hema tutsi. Ledit projet d’Etat tampon est envisagé entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, un Etat dit tampon dans lequel sera déversé le trop plein de population rwandaise.   

Tenants et aboutissants de la zone tampon dans la partie orientale de la RDC

Pour dégager les tenants et les aboutissants de la future zone tampon dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, il faudrait répondre aux questions ci-haut posées.

A La question sur l’échec des mesures de maintien de la paix, nous disons que cela est dû au fait que les objectifs qui président à leur édiction ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Par conséquent, le maintien de la paix peut être renvoyé au second plan au profit de certains intérêts particuliers ou égoïstes. 

A la seconde question, nous disons que cela tient de la volonté de vider la partie orientale congolaise de sa population d’origine pour la remplacer par des populations rwandaises, ainsi que contenu dans les prémisses de l’Etat tampon tel que conçu par le Rwanda.

Pour clore, nous disons que, au vu des intentions prédatrices de la communauté dite internationale, des intentions belliqueuses du Rwanda et de la large brèche que la Constitution laisse sur les questions liées à la nationalité congolaise, la zone tampon créée dans les  conditions  et les  circonstances actuelles  risqueront fortement d’ouvrir la voie à une balkanisation.        

Eric Kamba

Laisser un commentaire